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Municipales 2014 : Pourquoi je ne suis pas candidat sur la liste PS

mercredi 29 janvier 2014, par Frédéric Vuillod

Les élections municipales approchent, la mandature s’achève et la roue tourne. 14e Citoyen.fr, qui compte un millier de lecteurs, cessera prochainement sa publication.

Vous le savez sans doute, je ne figure pas sur la liste de l’équipe du Parti socialiste du 14e arrondissement, qui m’avait accueilli en 2008 en tant que candidat d’ouverture, politiquement non encarté et représentant de la société civile au titre de mes divers engagements associatifs.

Durant six années, j’ai été adjoint au Maire chargé de la Démocratie locale, de la Vie associative et de l’Économie sociale et solidaire. Une fonction qui m’honore, que j’ai exercée avec passion et pour laquelle j’ai éprouvé de nombreux sentiments.

Fierté, plaisir et vitalité

De la fierté d’abord, lorsque Pierre Castagnou m’a accepté dans son équipe, m’appuyant sans faillir lors des États généraux de la démocratie locale, lors de la remise en selle du CICA et lors de l’ébauche d’une méthode de concertation pour le 14e arrondissement.

De la satisfaction aussi, lorsque je suis parvenu – trop rarement – à appuyer avec succès le dossier d’une famille en grande difficulté, ici pour un logement social, là pour une place en crèche. Du bonheur partagé, lors de la célébration des mariages, qu’ils se déroulent en mairie, à l’hôpital ou en prison. Du plaisir, enfin, en voyant se construire une relation de confiance mutuelle avec les associations, le CICA, les instances de démocratie locale et la Maison des associations.

Mais surtout, une incroyable vitalité. Sur le terrain, lors de mes permanences ou chez les partenaires, en allant rencontrer les responsables associatifs, les militants, les bénévoles, les Accordeurs, les citoyens engagés, les porteurs de nouveaux projets, les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire, les défenseurs du commerce équitable, les mordus de la consommation collaborative, nos pionniers du financement participatif, nos créateurs d’emplois d’insertion, nos deux ressourceries, les entrepreneurs sociaux… et tous ceux qui débordent d’énergie pour changer la société, l’environnement ou les circuits économiques. Merci à vous d’avoir partagé avec moi tant d’énergies positives.

Découragement

Bien sûr, il y eut aussi du découragement. Quand l’administration bloque les initiatives nouvelles. Quand le politique ne tient pas ses promesses, qu’il faut avaler les couleuvres ou accepter l’échec d’un combat. Mais, au fond, le journaliste que je suis, curieux, avait souhaité voir la politique de plus près. C’est réussi. Inutile de s’en plaindre, même si je pense que la politique gagnerait à être touchée par la grâce du changement qu’elle promet.

Des conditions non réunies

Aujourd’hui, je dois tourner une page. Ce n’était pourtant pas ma volonté. Il reste en effet tant à faire pour qui veut se mettre au service du changement et du progrès de la société.

Mais les conditions n’étaient pas réunies. Fin 2013, j’ai eu l’occasion d’exprimer ma volonté de poursuivre l’aventure. J’ai pu dire mes projets. Et même mes conditions : poursuivre, certes. Mais en ayant cette fois-ci les moyens d’agir, que je n’avais plus depuis cinq ans.

J’ai donc osé demander un budget, qui aille au-delà des 3.000 euros annuels qui me sont alloués généreusement pour organiser à la fois la Quinzaine du commerce équitable (en mai), le Mois de l’économie sociale et solidaire (en novembre), un Village associatif à chacune de ces deux occasions, ainsi que d’autres événements destinés à renforcer la dynamique associative et les interactions entre conseils de quartier.

J’ai aussi demandé une information transparente concernant les décisions du maire sur mes délégations. J’ai demandé à être associé au recrutement des chargés de mission qui travaillent pour moi. Enfin, j’ai demandé un soutien politique fort, à la tête de l’exécutif, pour les projets qu’il me semble important de développer dans le 14e arrondissement.

Mes projets

Quels projets ? Établir par exemple une méthode de concertation aboutie et acceptée par tous, pour éviter les fausses notes. Considérer le CICA comme une instance de démocratie locale autonome, dédiée aux associations. Former les habitants à l’élaboration d’un budget participatif. Former les élus et les personnels municipaux aux techniques participatives. Rendre beaucoup plus visibles les réalisations des conseils de quartier. Mutualiser leurs matériels d’animation. Organiser des rencontres de la démocratie locale chaque année. Coordonner une fête d’été des Conseils de quartier. Promouvoir activement l’économie sociale et solidaire. Ouvrir plusieurs nouveaux cafés associatifs. Créer une pépinière d’entrepreneurs sociaux au Sud de Paris. Lancer des expérimentations en matière d’innovation sociale et de création d’intelligence collective...

Cette liste n’est pas exhaustive. De quoi libérer les énergies, encourager le pouvoir d’agir de chacun, développer la vitalité collective et faire du 14e arrondissement un territoire d’innovation cité en exemple à Paris.

Une pirouette

Pour toute réponse, j’ai obtenu une pirouette : « Il n’y a pas assez de place pour les hommes sur la liste des prochaines municipales ». Ne pouvant changer de sexe dans le délai imparti, mon maintien au sein de l’équipe s’avérait donc impossible.

Mais je crois qu’un éclairage de la pirouette s’impose. En effet, l’affectation des places sur une liste ne doit rien au hasard. Elle dépend simplement d’un choix. Ce choix est opéré par la tête de liste – et parfois par son numéro deux, comme c’est le cas dans le 14e – au regard du poids politique des prétendants. N’oublions pas que gouverner, c’est choisir.

Liberté de parole

Mon analyse est la suivante : en tant qu’élu non encarté, mon poids politique est faible. Mes prétentions sur la concertation et sur l’innovation sociale, notamment, ont été balayées d’un revers de main. Trop ambitieuses pour le 14e arrondissement, peut-être. Hélas !

Mais, surtout, c’est ma liberté de parole d’élu non encarté qui dérange. En cinq ans, j’ai en effet refusé de suivre la consigne de vote du maire sur (seulement) deux dossiers : la multiplication des caméras de vidéosurveillance en 2009, ce qui m’a valu la menace d’être illico démissionné ; et plus récemment la préservation du site de la ferme Montsouris et de la carrière de Port-Mahon. Sur ce dossier, j’ai dit mon attachement à la préservation du patrimoine du 14e et j’ai montré mon incompréhension devant la surdité de mon groupe politique.

En vérité, je paie aujourd’hui le prix de ce que certains voient comme une infidélité, en dépit de l’accord que j’avais conclu avec Pierre Castagnou pour garder ma liberté de parole.

Trois questions

Ce constat pose trois questions. La condition d’élu d’ouverture au Parti socialiste n’est-elle qu’un faire-valoir utile en période de campagne, mais dérangeant sitôt l’élection gagnée ?

Pourquoi les membres d’une liste électorale ne se sentent-ils pas engagés collectivement, et pour toute la durée du mandat, par un accord conclu par leur tête de liste ?

Notre démocratie est-elle devenue si malade que les membres d’une liste n’ont d’autre droit que de voter à l’unisson la consigne du chef, le doigt sur la couture du pantalon ?

Sans regrets

Je n’ai pas de raison de poursuivre ce chemin dans de telles conditions. Je n’ai plus d’énergie à dépenser en vain. Je n’ai donc pas de regrets à interrompre mon engagement.

Mon énergie sera vite reconvertie en engagement associatif d’une part, car j’ai toujours souhaité être utile à l’intérêt général, et en engagement professionnel d’autre part, car les élus ont souvent, aussi, un véritable métier. Certains rencontrent le chômage. D’autres créent même leur entreprise. C’est désormais mon cas. Cela nécessite un peu de concentration.

Pour qui voterai-je ?

Il me reste à dire quelle équipe je soutiendrai aux élections municipales.

Sans hésiter, et en dépit du contexte national, je soutiens la victoire de la gauche à Paris et dans le 14e, car elle représente à mes yeux l’espoir et le progrès. J’appelle à faire gagner Anne Hidalgo au second tour, car j’ai vu sa considération pour les Parisiens. J’ai vu comment elle a conçu sa campagne dans un esprit participatif réel et sincère, sollicitant particulièrement les associations et les habitants investis dans les conseils de quartier, pour se nourrir de leurs propositions et alimenter son programme, d’une incroyable densité.

Mais auparavant, pour le premier tour des élections municipales dans le 14e, j’ai décidé de soutenir Célia Blauel, tête de liste EELV dans notre arrondissement.

Un stimulant aiguillon

Les écologistes, en effet, incarnent bien mieux le changement que ceux qui nous l’ont promis. Ils aiguillonnent depuis douze ans la majorité socialiste, généralement à raison, souvent avec succès. Ils s’ouvrent aux forces vives de la société civile de façon naturelle et comptent dans leurs rangs bien des lanceurs d’alerte. Ils sont précurseurs en matière d’économie sociale et solidaire, d’innovation sociale, de modes de consommation novateurs et de circuits économiques plus réfléchis. Ils défendent de réelles démarches participatives et de concertation. Ils inventent d’autres formes de gouvernance, de relations humaines et de rapport au pouvoir.

A l’évidence, l’écologie politique est un aiguillon utile et nécessaire à une majorité de gauche pour stimuler sa capacité à inventer de nouvelles solutions. Particulièrement dans le 14e arrondissement.

Frédéric VUILLOD

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